Jesús Echevarria croquis par Marie Hélène Echevarria (Août 1964)

 « Il faudrait pour évoquer la sculpture de Jesús ECHEVARRIA  ce silence de chaux et de myrte que requiert d'emblée Lorca dans la NONNE GITANE. Faute d'un tel silence, on hésite à prendre la plume à défaut du ciseau. Mais les mythes sont bavards, ces mythes qu'il a choisis, la CANCION DEL MIÓ CID, le SACRE DU PRINTEMPS, LA GENÈSE…

Aussi est-ce à travers ses diverses sources d'inspiration - littéraires ou musicales - que nous aborderons cette œuvre.

Giacometti parlant de Laurens évoque le volume de sa tête au moment où les sculptures devant lui contentent son regard, à peine aperçues. L'image de Jesús ECHEVARRIA  est pour moi très voisine : une tête taillée à coup de serpe, burinée par le soleil et les prisons franquistes, l'œil  vif et rêveur à la fois, puis cette démarche à la fois gauche et assurée, errante et orientée, une démarche de débardeur du rêve en somme. Le sculpteur ne semble à l'aise qu'avec les humbles : les puissants ne lui en imposent guère et l'agacent rapidement. Pour ceux qui ont connu la misère, les mots sont de peu de poids.

Et derrière sa tête, Kantoïna, la petite maison du Bas-Cambo, une maisonnette de garde-barrière, comme celle où dut descendre un Président, en mal de présidence. Les trains passent rarement, et le silence règne, comme dans le poème de Lorca dédié à JOSÉ MORENO VILLA. Sur le buffet, le forgeron affûte inlassablement DURANDAL, LA FEMME A LA POULE trône comme au marché et le CHANGEUR compte ses pièces sur son banc.

C'est le sort des grandes œuvres  de posséder un mystère qu'aucune solution n'épuise et qui demeure perpétuellement ouvert aux interprétations. On comprend que la musique ait tenté des sculpteurs, ainsi BÉOTHY transposant dès 1920 une fugue de Bach dans le domaine plastique.     

 « Je suis venu à la sculpture par la musique », confesse Jesús ECHEVARRIA.

Son cousin JOSÉ URUÑUELA passait toutes ses vacances chez ses parents. C'était un ami de RAVEL, pianiste de talent qui jouait chaque nuit d'été jusqu'à deux ou trois heures du matin : l'enfant l'écoutait extasié. »

Philippe COMTE Conservateur Honoraire du Musée de PAU